jeudi 12 décembre 2013

"I s'prend pas l'chou"!



Guillaume Lebelle , « I s’prend pas l’chou » !
Technique mixte (90.90) 2008.
Avez-vous déjà vu un Lebelle ? Moi ça m’est arrivé il y a un mois. Je connaissais le peintre, pas sa peinture.
Sur le coup, je me suis demandé qui ça pouvait intéresser. Un barbouillage, des taches, des coulures. Du déjà vu, un remake des années cinquante ? La toute fin de l’Art, le degré zéro de la peinture ?
Une peinture fruit du hasard, un grand bazar fait de couleurs éparses, de flux circulants de haut en bas, de gauche à droite et puis par endroit des formes, des figurations, des pointillés, comme des signes.
Et puis, la première référence de l’histoire de l’Art qui me soit venue à l’esprit : CEZANNE ! Rien que ça.  Est-ce l’homophonie ou plutôt l’exophonie Cézanne-Lebelle, la parité du nombre de lettres des deux noms ? Je m’amusais stupidement de constater l’existence dans les deux noms du même nombre de voyelles et de consonnes avec cependant chez Lebelle le redoublement des l. 
Oui, Lebelle, c’est du Cézanne qui a pris de l’altitude, de l’air, les deux ailes qui permettent au peintre et à la peinture du vingt-et-unième siècle de prendre leur envol.  Une émulsion nouvelle résultat du tremblement du liquide céphalo-rachidien qui vibre entre la boîte crânienne et la partie laiteuse du cerveau. Ces petits vibrillements sont la dominante de sa dernière exposition à la Galerie Chartier sur les pentes de la Croix-Rousse à Lyon. 
La toile que j’ai achetée, après moult hésitations, est une montagne Sainte- Victoire sans la Sainte- Victoire, une recomposition lebellienne de la Sainte- Victoire si vous voulez où plus rien ne serait en place.  Il se trouve que j’ai une Sainte-Victoire dans mon bureau et que naturellement j’ai placé mon Lebelle au-dessus de mon Cézanne. L’effet est saisissant !
Beaucoup de blanc, mais pas un blanc d’œuf, ni un blanc de baleine, encore moins un Blanc de Blanc, plutôt un blanc d’Espagne ou un blanc lunaire. Du bleu concentré en tache en certains endroits, le bleu de Cézanne mais là où le peintre provençal organise son bleu pour construire sa montagne, notre Creusois de Paris déconstruit pour densifier l’impression de bleu en certains endroits de la toile. Et puis tout un ensemble de nuances de jaune, de crème, de rose ou de rosé, des verts aussi mais tout ceci avec légèreté, douceur, musicalité. Une symphonie, une sonate, un rondeau, une berceuse ou simplement une chansonnette accompagnant deux amoureux dans un chemin creux.
Sans doute, faudrait-il s’attarder un peu plus sur la comparaison, se demander plus sérieusement si ces correspondances ont la moindre véracité, trouver d’autres similitudes entre d’autres toiles de Lebelle et celles de Cézanne. Mais, là n’est pas mon propos.
Ceci n’est qu’une entrée en matière pour la peinture lebellienne, une mise en bouche, histoire d’attirer votre regard, de vous faire virer de bord, de changer le réglage de vos compas, car Lebelle nous emmène pour un grand voyage.
Nulle prétention chez lui de s’inscrire dans une continuité quelconque même si son histoire personnelle l’a imprégné de culture picturale et  si les maîtres du passé sont constamment des défis pour son œuvre de peintre. La peinture de Lebelle est une peinture bien trempée dans son époque, c’est-à-dire une peinture résultat de l’osmose entre la chair, l’esprit du peintre et son environnement.
Pas de jugement de valeurs, pas de « message » ce qui ne veut pas dire « sans message ». Lebelle fait  un voyage à travers le temps, un temps cosmique et un temps humain. Inversant  l’idée du   « trou noir », c’est dans la lumière que Lebelle place ses étoiles, des constellations aux formes variées, des queues de comètes, des supernovas. Mais ici, pas d’effet « Hubble » ; il ne s’agit pas de rapprocher l’œil de « l’invisible », cette prétention impossible des scientifiques lançant leurs télescopes aux confins du monde stellaire. Bien au contraire, il faut laisser scintiller les étoiles à distance, ne délivrer que des images lointaines d’un monde dont il ne faut surtout pas percer le mystère,  laisser vaquer l’esprit, l’imagination.
Temps humain aussi. Lebelle a intitulé certaines de ses toiles « Lascaux ». C’est donc un temps humain très-très long qu’il évoque et en même temps un temps très-très proche. Un hommage à l’Humanité dont les  seules traces qui nous soient parvenues de son lointain passé sont quelques taches, des maculations, des tampons, griffures, scories, grattages sur des cailloux, des parois, des rochers, des grottes, des ossements. Une pluie de signes et de symboles plus ou moins métaphorisés en décors, animaux, forêts, sources, fleuves et mer voire en personnages, des dessins enfantins.
Une poésie de couleurs, de points discontinus hiératiques, comme des cailloux abandonnés par le Petit Poucet sur le long chemin parcouru par l’Humanité. Une esquisse des sentiments du quotidien signifié par des silhouettes, des objets, un pinceau peut-être, les instruments de l’artisan à l’œuvre. Il nous dit ainsi la préoccupation de la modernité, la psychologie, ce qui a tant travaillé l’art du siècle dernier. Que tout se construit à ce moment fragile de la formation du petit de l’homme.
Pour nous dire que ce qui prime, ce sont tous ces « vibrillements » qui irriguent la surface de notre cerveau, le Peintre est obligé de prendre les grands moyens et de rompre avec tout le proche passé de la peinture, c’est-à-dire toute l’histoire de la peinture depuis les débuts de la chrétienté voire les civilisations gréco-romaines non pour renoncer à Dieu ou aux dieux mais pour nous le, les, faire toucher d’une nouvelle façon.
Dieu, c’est l’homme façonnant son univers pour le meilleur et pour le pire. Dieu c’est Moi. Dieu, c’est Toi. Soyons divins nous dit sa peinture. Et pour cela comme le disait un amateur goûtant son œuvre « voilà un peintre qui n’se prend pas l’chou ! », il y va franco, rompant sans couper le lien, sans dire « oui », sans dire « non ».
C’est cette liberté dans la technique comme dans l’interprétation qui fait sa force. Est-ce le miracle d’une saison ? Un moment d’exception ? Ou le début du commencement, d’un épanouissement, d’une révolution personnelle et peut-être pour la peinture elle-même. Je ne sais. L’époque ne sait plus rien de ce qu’elle peut engendrer. C’est justement avec ces peurs que le peintre tranche. Il nous raconte une nouvelle histoire et il ouvre les portes toutes grandes à ceux qui veulent bien le suivre.
Non pas la fin de l’art mais du Fine Art.

François Mauresk.

vendredi 15 novembre 2013



Elektra
« Agamemnon !  Agamemnon ! » s’écrie Elektra, couchée sur la tombe de son père.  Entourée des pleureuses, elle chante sa complainte. 

Le trou, la fente par où tout sort et tout rentre. Voilà le seul décor de l’opéra de Hugo von Hofmannstahl. Et puis les traces dans le sable roux du désert : des pieds nus, des pas.

De son corps, Elektra épouse Agamemnon : le père mythique. Le fait chercher au fond de ce caveau profond. L’embrasse, le porte tel un crucifié. Décrit sa mort  dans son bain : un bain de sang, du sang du sacrifié. 

Elektra appelle, remue ciel et terre, torride, torrent impétueux. Il faut venger ce père assassiné.
Trouver Orest. Ne lui fait-on pas croire qu’il est décédé ? Piétiné par ses chevaux ? Tuer le tyran Aegisth. Immoler la marâtre Klytämnestr.

Les voix de femmes dominent la musique de Richard Strauss. Au-dessus des basses, des violons et des vents, au-dessus des timbales et des cymbales, des caisses sourdes et fortes. 

La lutte des volontés : la fille, la sœur, la mère. Elles résonnent dans le désert. 

Et portant le coup fatal : le père, l’amant, le frère. Ils passent ou ils trépassent.                      
                                                                                                                                           Mauresk.
                                                                 

lundi 4 novembre 2013

L’homme à l’épine.

F.H.S. 2013

Bien connu « le tireur d’épine », des Grecs, des Romains d’abord puis des hommes de la Renaissance. Papes et rois s’arrachèrent le bronze du Capitole du 1er siècle, retrouvé lors de fouilles romaines. François 1er ne put en conserver qu’une copie que l’on voit dans la Galerie de la chasse à Fontainebleau au côté du Laocoon, une copie aussi et qui avec le Centaure, et le Torse du Belvédère constituent l’archétype de la sculpture antique qui revivifie la sculpture moderne.

Brunelleschi comme Ghiberti s’en inspirent dans leur représentation du sacrifice d’Isaac pour la Porte du Baptistère de St-Jean à Florence. L’un pour reprendre la thématique du tireur d’épine, Abraham se retire une épine dans le projet de Brunelleschi tandis que dans celui de Ghiberti, il se rafraîchit les pieds.

Faut-il mieux les rafraîchir ou retirer l’épine ? Il semble que cela soit une question de sensibilité. Et les fabricants de Laine, commanditaires de la fameuse porte, ont choisi le frais. Il est vrai qu’enlever l’épine quand elle est bien enfoncée, est une torture et pas toujours une délivrance. Sauf à la fin.

Au Louvre, on peut voir en ce moment tout ça, et notamment une version du tireur d’épine du 1er siècle en marbre du musée de Modène. C’est à y perdre son latin, car la sculpture authentique du Capitole est aussi du 1er siècle. Il faudrait des minutes notariées pour savoir quelle est l’originale et quelle est la copie.

Mais l’art de la copie n’est pas d’aujourd’hui. Le faux est monnaie courante depuis la plus haute antiquité voire depuis le néolithique. On copie les Maîtres, toujours dans le fol espoir de s’approprier leur savoir ou leur notoriété quand ce n’est pas leur bien.

Et les copies du Tireur d’épine se multiplient quand les rois s’en entichent. Tout le monde veut la sienne. Carpeaux au XIXème siècle fut un original : il préféra réaliser « une tireuse » d’épine » qu’on voyait, un temps, à l’entrée du musée Jacquemart-André. Question de sensibilité sans doute : la femme devenant le centre de la préoccupation dix-neuviémiste rococoïsante.

Tandis que début XXIème, F.H.S. nous propose un spécimen nouveau. Un homme à l’épine (2013) (Galerie du Montparnasse jusqu’au 29 octobre 2013) sans surface charnelle, non pas un écorché mais un personnage translucide en matériaux frustres, un grillage à poules et un papier plastique brillant d’emballage, qui peut renvoyer à la problématique freudienne qui nous domine depuis plus d’un siècle de l’introspection et à l’humanisme de la Renaissance « qu’est-ce que l’homme » ? dans un style décadent post-moderne de la récupération de tout : l’art, les détritus, le déchet, l’histoire, les idées, la philosophie, le tout avec un calibrage millimétré comme seules l’anthropométrie ou la zoométrie l’autorisent. Mauresk.

dimanche 3 novembre 2013

JACQUES OU JACOB
Je n'aime pas la peinture hollandaise...

OK de Rembrandt à van Gogh on ne peut pas tout jeter...mais on ne me fera pas croire qu'ILS (les peintres HOLLANDAIS) savent battre les blancs en neige.
Non, c'est de la peinture bourge et les bougres veules nous faire croire en un autre sens de leur décence...Moi ça me descend !

Alors parlons de Jordaens ! Gouleyants qu'ils disent! Est-ce possible quand on est buveur de bière ? Ils ne savent faire que des œufs durs ces Jacob, ces Frères Jacques. On dirait du OU DES Breughel en plan américain.

Alors évidemment ce qui séduit c'est que ça déménage ! Moi, je vous dis qu'en apparence ! Ça bouge ça se tortille ça pantagruélise mais nos Gargantuas hollandais manquent de panse ou de pensée. La fleur (j'entends), au fusil, au coin de la bouche avec les dents en touches de piano...

Un peu Fanfan la Tulipe, on a envie de prendre le pied à coulisse pour lui montrer ce qui ne va pas ce côté attrape-touriste, la Tour Eiffel en prime, lui apprendre la perspective, le point de fuite et le rétrécissement avec un peu de blanc pour éviter le côté blanc-bec de la peinture baroco.    
Un second couteau qu'on veut nous faire prendre pour un Pirandello ! Ça tangue et les flonflons du bal musette plaisent au populo. Alors pourquoi dire non puisque tout le monde dit oui.

                                                                                                                                                             Mauresk.

samedi 18 mai 2013

Boudin



Dagen dégaine contre Boudin

Il y a une mode Boudin et depuis quelques semaines un renversement de tendance. C’est Dagen qui a dégainé le premier dans Le Monde du 9 avril 2013. Sa charge contre Eugène Boudin est malencontreuse.

Certes l’exposition du Musée Jacquemart-André est ratée. Le musée, qui fait payer l’entrée très  cher, ne tient pas les promesses que l’on pouvait attendre d’une « Rétrospective » si vantée sur ses panneaux publicitaires. 

L’affiche de l’exposition, d’ailleurs, fait fuir d’emblée les foules : elle représente l’Inauguration du Casino de Deauville, tableau de Boudin dans un style pompier du Second Empire avec une caution pour la grande bourgeoisie parisienne et les clients de la peinture de chevalet. 

Boudin a du gagner sa vie et comme tout peintre de son époque a fait des concessions à la mode et aux attentes d’un public pas toujours féru d’avant-garde et de peinture (cf. Manet). Aussi, l’exposition du Boulevard Haussmann regorge de ces peintures qui ont souvent trouvé preneur à l’étranger et qui ont reçu, dans les normes commerciales du moment, « leurs deux couches de verni règlementaires » (ce qu’on appelle le « vernissage ») avant leur vente au plus offrant. 

Ce que n’a pas compris Dagen, c’est que ce n’est pas là le Boudin qui intéresse les amateurs d’art, les peintres et l’histoire de l’Art. Et effectivement on s’y ennuie : les ciels d’accord, les marines oui, les bords de l’eau pourquoi pas, mais comme m’a dit une Allemande : « C’est reposant » !

Le Boudin qui fait frémir, existe quand même dans l’exposition mais dans les interstices : quand Monet est confondu par Boudin dans ce « Clocher de Ste Catherine » peint sur bois et où la touche Boudin fait mouche. 

Mais surtout le vrai Boudin on le trouve quand il peint ses vaches en bord de mer (il y en a très peu dans l’expo et la copie des vaches de Paul Potter du Louvre est bien pâle), quand il peint des ciels mais sur des esquisses, petits papiers (malheureusement gâchés par des sous-verres qui tuent leur force), quand il peint ses amis Monet, Jongkind …sur des formats ridiculement petits, mais  alors il peint « juste et  touchant », des gréements à Etretat selon un angle tandis que Monet peint les lavandières sous l’autre angle (mais le conservateur n’ a pas pensé à associer les deux tableaux faute de moyens sans doute)!

Sa touche est alors délicate, précise et en même temps aérienne et flottante. Elle suggère et évite le bavardage et l’excès : elle est alors musicale et chantante, une musique française qui n’a rien à voir avec les Constable, Turner et Bonington que cite Dagen. 

C’est dans son jus qu’il faut voir Boudin. Dagen est peut-être sous influence, Boudin jamais !

                                                                                                                                                                F. Mauresk.

samedi 20 avril 2013



De l’Allemagne
Un faux débat ou un débat qui ne devrait pas être s’agissant d’Art et d’artistes.
Mais les expositions, aujourd’hui, veulent faire événement. Et, leur mise en scène ne doit rien au hasard évidemment.
A-t-on voulu de manière consciente ou inconsciente montrer ici les origines culturelles du nazisme ? Voulait-on une fois de plus, depuis la France, stipendier l’Allemagne et les Allemands ?
Contester leur rôle dans l’Art, les réduire à quelque réalisme allemand et  au naturalisme, voir dans l’Art  en Allemagne uniquement ce qui est allemand ?
Tout peut être dit des choix déterminés ou déterministes des commissaires de l’exposition du Louvre.
Car, bien sûr, l’Art c’est d’abord la culture. Et l’Artiste, c’est d’abord une conjoncture d’interactions d’un homme avec d’autres hommes.
Que les œuvres du 19ème siècle allemand aient la pré-science de ce qui va advenir en Allemagne. Pourquoi pas ?
Qu’elles nous fournissent des clés pour comprendre l’histoire et le présent. N’est-ce pas leur rôle ?
C’est là que l’on perçoit la grandeur de l’Art et de l’artiste, c’est-à-dire sa capacité à sentir, à voir, à percer ce que les autres vivent. Mais aussi par la forme de l’œuvre, son façonnement, révéler le sens commun des choses, quand l’œuvre s’expose aux regards du public.
Voilà pourquoi De l’Allemagne est d’abord un événement artistique. Et, c’est la grandeur de l’Allemagne d’avoir produit de tels artistes.
                                                                                                                  F.H.S., artiste peintre-sculpteur.
Publié par Mauresk.

dimanche 23 décembre 2012

desh

DESH
Pourquoi ai-je pleuré à l'issue de ce spectacle si peu dansé? Qu'est-ce qui dansait? Un homme? Un être? Un esprit?
Des choses peut-être! Comme ces rideaux pulsés par le geste du danseur et tournent comme des Derviches sur toute la hauteur de la scène. Des âmes, des cœurs, des palpitations...de se savoir si loin à l'autre bout du monde.
Irréconciliables à jamais, le père, le fils mais sont-ils faits pour se concilier? Le père n'est pas le fils mais le fils est bien du père.
Alors, la terre (DESH en bengali) : "viendras-tu la voir? Maintenant qu'elle est bien à nous!"
Akram préfère danser, descendre d'une chaise géante, s'asseoir sur celle de "petit ours".
Ne sommes-nous pas tous des petits ours?
Le téléphone, l'i-phone tout est fait pour communiquer.
Mais la communication ne passe pas.
                                                                               Mauresk.