samedi 28 mai 2011

FOUS DU VOLANT

Fous du volant.

Aloïs ouvre les yeux comme des billes et tourne la tête à n’en plus finir. Ça siffle dans l’air autour de lui et sur le sable deux énergumènes s’agitent en tous sens. Ralph et Guillaume partis à la conquête ! Tirs de roquette, balles sifflantes de snipers, est-ce un jeu-vidéo ? Les coups pleuvent en rafales. Personne ne peut rien y voir. Ça va ça vient mais on ne sait d’où. Pas de pitié pour les fous de Bassan !

Ils sautent en l’air, font un écart arrière, un pas sur le côté puis plongent en avant comme s’ils allaient à la pêche au merlan. Avec leurs têtes de cormoran, leurs corps floutés par la prise de son, ils sont aux quatre cents coups repérant de loin le poisson-volant. Ballet russe, Merce Cunningham en aérobic, ils ressemblent à des hiéroglyphes qui marchent de profil. Ils montent en vrille, salto arrière, glissent le pied droit en homothétie.

La musique est dodécaphonique à dominance de « zip », parfois un flop, un drop, une danse des canards. Ils s’apostrophent d’un « à moi », « à toi », « à tue et à toit ». Ils se coiffent au poteau, réclament un soda et repartent au galop sur la piste aux étoiles. Il s’agit pas de louper le métro ! Et que j’te balance un volant dans les dents. Ah tu l’as voulu çui-là et ben prends çui-ci ! Pas le temps de faire cui-cui.

En eau, en buée, en sablés, usés, collés, à bout, le rictus saccadé par une respiration endiablée, le corps à 360°F, l’écume des sets dans les chaussettes, les pieds nickelés nique nique rage, happés de droite de gauche, au filet, emmêlant les rinceaux et les pinceaux, poussent la raquette à fond, le pied à la fois sur le frein et l’accélérateur.

Rattraper l’oiseau, le père siffleur, l’alouette sans cœur, le martinet qui, du plat fond en piqué, en vrille ou en planeur, hoquète, ramène son bout de fraise effeuillé, son bouton de rose, son bouchon emplumé. « Hourra ! » crient-ils en cœur, paraphrasant Archimède. Auraient-ils trouvé la lune qu’ils n’auraient pas poussé un cri aussi fou de basson.

Les bras en croix, sur le sable, encalminés, le soleil sous les prunelles, le volant planté sur le front : faut-il attendre des baisers ? Déjà se redresser et courir à tout va ! Les jambes lourdes, le corps rompu, les abdo en roc, la crampe sous l’estomac, les cuisses tendues, les pieds enflés, la partie ne fait que commencer. Et fouette cocher ! Les volants font un festival ; ils filent comme des éclairs, embrassent l’air, les plumes resserrées profilées comme des fusées Diamant.

Au compteur, le chronomètre arrêté, l’arbitre égrène les pertes. Mais déjà un engagement, deux smaches, 15-0 : ai-je bien entendu ? Etendre le bras à droite à gauche, reprendre la bête avant le carreau, « border-line ». Et c’est reparti ! elle vole la mouche, à tire-d’aile, jusqu’au zénith puis s’essouffle ou reprend son souffle, inverse la tendance, les flux, prend le vent, un peu de distance.

Quand un coup de vent la pousse devant ! Panique, traîtresse, elle est passée dans l’autre camp. Avoir la détente, la saisir, du dos, du plat, en encorbellement. La relancer douce mais liftée. Aïe ! le piège n’a pas fonctionné. Se retourne contre moi. L’autre que je vois à peine m’assène 40-0 . Le volant me siffle dans les oreilles, j’esquive, me retourne, pas-chassé, saut de poule, caquètement d’oie ; je la reprends par derrière, esquisse un pas de deux, les gros orteils en pointes. Je me précipite sans accélérer !

Dialectique du badminton ! Sauter en l’air, mettre un genou à terre, baiser le sol, étendre les bras devant derrière en haut en bas, remonter au filet, redescendre sur la ligne du fond, à gauche à droite ! Pendant ce temps-là le gars en face, il bouge pas. A la plage, partie de campagne, étend détend sans effort ni excès ! Qu’est-ce que c’est que ce bastringue ? Il renvoie le perdreau ! A tous les coups il gagne. Me voilà empalé !

Petit je croyais que le jeu du volant était un jeu de midinettes de jeunes filles en fleurs. De part et d’autre avec ou sans filet on s’envoyait des fleurs des papillons un objet de toute façon bizarre : un bouchon à plumes…je regardais tout ça en suçant mon pouce. Mais voilà qu’avec l’âge tout s’accélère ; le gentil volant devenu profusion circule à toute vitesse devant mes yeux médusés.

Exténuante la partie ! Terminée, on remballe les volants les raquettes. Tout le monde à la douche. La peau rougie, le sang fouetté ; tout ça finit dans la piscine pour nos fous de bassin.

Mauresk

DELPHES

DELPHES

Lors de mon dernier voyage en Grèce, j’avais deux obsessions : me rendre à Délos et à Delphes. Je ne sais pas pourquoi, mais il me semblait primordial, essentiel, de me rendre physiquement sur ces deux lieux mythiques que mes voyages précédents ne m’avaient pas permis d’aborder. En 1969, j’avais vu Délos de loin. C’était l’été, il faisait très chaud, une « tourista » avait attaqué quelques-uns d’entre nous et la surpopulation de Mykonos en cette saison nous avait conduits à fuir l’île.

A l’époque, Mykonos était le refuge balnéaire des « beatnik ». Derrière les moulins, vaquait une population qui sans s’en douter singeait sûrement les dieux et les déesses de l’Antiquité…J’étais enfant alors mais je me souviens de tous ces jeunes hommes et jeunes femmes dénudés et bronzés, plus beaux et belles les uns que les autres : bruns, blonds ou roux, aux longs cheveux et barbes tressés, bardés de colliers et de colifichets qui les paraient comme les prêtres et les prêtresses d’une version grecque ou latine.

Ils allaient souvent les pieds nus ou en sandales de lanières et leurs ongles scintillaient sur leur peau tannée comme des pierres précieuses ou des diamants. Venus de l’Europe entière mais surtout de l’Europe boréale, ils tranchaient avec la population autochtone, petite et noire, « calinissa », qui les logeait dans des masures peintes à la chaux quand ils ne dormaient pas sur la plage.

Le jour, presque nus, la nuit, vêtus de longues tuniques de coton blanc qui faisaient ressortir leurs faces d’Ulysse et scintiller leurs yeux de Niobé, nos kouroi et nos korai faisaient vibrer l’air azuréen d’un éclat qui rivalisait avec l’astre solaire. Une vapeur toujours accompagnait leurs corps allongés sur les rochers blanc immaculé ou longeant la côte outre-mer.

Etait-il nécessaire alors de prendre ces chaloupes surchargées pour aller jusqu’à Délos ? N’avais-je pas sous les yeux le véritable spectacle delphique : celui de la Jeunesse et de la Beauté, de la Lumière et de l’Amour ? Apollons en personnes, Artémis en songe. Ne disait-on pas qu’ « à Delos, il n’y a rien à voir » ? Quelques pierres que des archéologues inventifs transformaient en Temple, en berceau où Latone aurait déposé ses jumeaux.

De toute manière, Zéphyr ne nous laissa pas le choix ; transformé en Melten, nous vîmes les embarcations chavirer au sens figuré et leurs passagers penchés au bastingage défigurés. Délos noyé par la mer démontée se fit mirage, île flottante, conforme au mythe.

En 1975, lors d’un retour de Turquie, nous vîmes les Cyclades de loin ; nulle préoccupation apollonienne alors. Pourquoi ? Je ne sais pas. Peut-être, simplement parce que nous avions l’âge d’Apollon. Artémis m’accompagnait. Notre bateau pourtant n’était pas tiré par des Cygnes. Mais les chevaux-vapeur de notre Ferry, le transformait en char survolant les eaux et nous profitions de la chaleur et la langueur estivale sur le pont du navire. L’âge adulte, la fin d’une époque que nous ne percevions pas encore. Nos teints halés, nos yeux pas encore totalement décillés ne nous permettaient pas comme l’enfant ou l’homme mûr de percevoir la réalité du moment et de rêver quelque-chose que nous croyions vivre.

En 2003, voir Délos était de l’ordre de l’urgence. Un jeu de quitte ou double. Aurais-je encore l’occasion de voir Athènes ? Nous prîmes le Ferry au Pirée en plein hiver. Le Melten encore une fois c’était mis de la partie. Lorsqu’après la nuit de la tempête, nous découvrîmes les îles, quel enchantement ! Tous les sommets étaient couverts d’une pellicule blanche. A Mykonos, le froid se glissait entre les ruelles ; les pélicans pelotonnés les uns contre les autres sur la plage cherchaient un peu de chaleur. La foule des estivants avait laissé place à des centaines de chats malingres abandonnés de l’été. Nulle chaloupe pour Délos. Sans touristes, point de tourisme…Encore une fois je ne verrai que l’ombre d’une île dans un détroit. C’est l’image que j’en retins et que j’esquissais sur mon billet d’avion avant d’en retracer le contour vague sur un tableau marin. Délos resterait à jamais un lieu imaginaire.

Il restait Delphes. Le Sanctuaire. L’Autre Lieu apollonien. Là, plus aucun obstacle ne pourrait nous arrêter. Les fois précédentes, il faisait chaud, trop chaud. Nous étions désargentés. Hippy sans le sou. Ne voyageant qu’en « stop » ou en transports en commun. Sans être des Yuppies, nous avions loué une voiture pour la semaine et traverser la Grèce n’était en hiver qu’un jeu d’enfants. Aussi, dès notre arrivée au Pirée, nous fonçâmes vers Delphes ou plutôt le village voisin, « Delphes déplacé » au XIXème siècle pour fouiller la cité sacrée, pour y passer la nuit.

Temps sec, ciel lavé, vent froid, l’eau gelait dans les trous d’eau. Delphes par -1 ou -2°C. Les nuits sont froides en Grèce dans les hôtels non chauffés. Les jours aussi. Et pourtant, je ne ressentais rien de tel. Tout m’enchantait. Me remémorant Nietzsche, et la Naissance de la Tragédie, essayant de comprendre cette fascination qui pendant des siècles avait pu réunir les Grecs autour de ce sanctuaire. Est-il vrai que les Grecs ne croyaient pas en leurs Dieux ?

Qui était donc cet Apollon ? Transporté jusqu’à nos jours sur tous les Belvédères ? Pourquoi ce besoin du Beau ? Beauté des corps certes, mais aussi beauté de l’esprit. Apollon, le « Sans Nombre » dont la devise était « Connais-toi toi-même ». Apollon, Dieu de la Lumière, de l’Amour, de la Médecine. Dont le sanctuaire était voué aux jeux pythiques, à la divination de la Pythie. Le dieu de l’ambiguïté et donc des Arts. Comme tout sanctuaire, une source sacrée y naissait. Eau symbole, eau mémorielle, eau purificatrice.

Pour honorer le Dieu, c’est nu que je courus un stade. Héros grec. La nudité accompagne tous les moments sacrés.

MAURESK

vendredi 8 avril 2011

MÉAT-TRIANGLE

Méat-Triangle.

Sculpture de Ralph Ribour , zinc, ( H 213, L 125, l 63) 2011.

La sculpture se présente comme deux tôles de zinc ouvragées comme pour couvrir un toit parisien. Un triangle donc planté dans la pelouse du jardin. Il peut suggérer une porte mais aussi tout ce qui est triangulaire dans le monde et dans la vie. Pour moi : un sexe féminin.

Une encoche de souche de cheminée est utilisée par le sculpteur pour laisser un orifice en haut du triangle. Ce détail, pour moi, donne une nouvelle signification au triangle ne serait-ce pas plutôt un phallus avec son méat.

Le sculpteur aurait donc réuni en une seule sculpture les deux sexes ! Belle performance ! D’où Méat-Triangle qui pourrait aussi glisser vers Méga-Triangle.

Mais de glissade en glissade ne risque-t-on pas de filer la métaphore un peu loin ?

Mauresk

"j'ai un(e) chat(te) dans la gorge"

« J’ai un(e) chat(te) dans la gorge » de Lili Sanchez. Huile sur toile, 30X46, 2010.

Lili Sanchez m’a longuement parlé de cette toile comme d’un tableau décisif dans sa vie de peintre. Pour elle, il s’agit d’un tournant dans sa peinture.

Le tableau est d’une très belle facture d’exécution. La peinture, du fait de l’utilisation d’une épaisse couche d’huile, au couteau, se présente un peu comme un bas-relief, tant la matière y est sculptée. Le tableau lui-même, représente le cou d’une jeune fille dans lequel grimpe un chat. La tête de la jeune fille n’est pas entièrement visible et le buste est coupé juste au-dessus des seins.

Centré sur le cou et l’animal (qui semble en arrêt et regarde l’assistance ou le peintre), la toile représente la douleur pour la jeune fille qui supporte cette intrusion dans son cou et donc dans sa vie. Le chat grimpe dans l’œsophage et la jeune fille déglutit une salive qui semble impossible à retenir. Le chat ne se rend pas compte de là où il est. Et la jeune fille, dont on ne perçoit que le bas du visage, semble elle-même ignorer le mal qui la ronge.

L’innocence du chat est à mettre en parallèle avec les ravages qu’il cause dans la chair même de la jeune fille. La douleur s’étend à tout le buste et remonte le long des amygdales jusqu’aux oreilles de la malade. Sur ou sous la peau, la matière est indistincte mais s’organise autour de rouges et de bruns qui évoquent l’intrusion des outils chirurgicaux ou une nécrose. La mort rode.

Mais l’un et l’autre ignorent les causes de l’effroi qu’ils subissent ou causent. Si ce n’est par le troisième acteur de la scène qu’est le peintre. C’est l’intérêt manifesté par le peintre pour la situation qui pourrait permettre de solutionner le problème.

Le peintre, seul exorciste de la douleur humaine ? Peut-être faudrait-il changer le titre du tableau.

Mauresk.

Manet : peindre ou dépeindre ?

Manet : peindre ou dépeindre ?

Le musée d’Orsay a saisi l’occasion de l’exposition Manet pour nous montrer l’environnement pictural dans lequel Manet s’est déployé au milieu du XIXème siècle. Et c’est le principal mérite de cette exposition.

Découvrir la modernité de Thomas Couture, son maître, admirer le portrait original de Baudelaire jeune par Emile Demy, les dessins de Baudelaire lui-même (assez bon dessinateur ma foi), « Petra Camara » de Théodore Chassériau, tout ceci à de quoi réjouir le spectateur.

Côté Manet lui-même, il est aussi plaisant de s’affronter à des toiles peu ou pas connues parce que la plupart aux Etats-Unis ou à l’étranger ou aux eaux-fortes qui sont souvent de grande qualité ; il est d’ailleurs regrettable que des annonces faites sur le panneau introductif de l’exposition ne figurent pas dans l’exposition comme les illustrations par Manet du Corbeau d’Edgar Allan Poe traduit par Mallarmé ou de « L’après-midi d’un faune » du même Mallarmé.

Les débuts de portraitiste de Manet sont plutôt prometteurs et il donne son meilleur dans les toiles vite brossées (portrait de Victorine Maurent, 1862, Boston, « la négresse », 1861, Turin collection Agnelli, ou « étude de baigneuse », 1861, Oslo, « la maîtresse de Baudelaire », 1861, Budapest).

La vacuité du détail donnent à ces toiles une modernité picturale (Les Bulles de savon, 1867, Lisbonne, la table devant « Angelina », 1865). On sent que Manet, est un peintre pressé ; il aime se promener, tout voir, tout connaître et jouir sans doute un maximum de la vie.

Il est aux courses, aux corridas, dans la rue ; il peint les femmes avec un bonheur cependant inégal ; elles sont plus dans leur jus quand il les aime, les palpe, les dorlote…Et évidemment la série des Berte Morisot présentée ici est certainement ce qu’il a fait de meilleur : violettes, voilette, éventail…Berte se révèle et le révèle !

En revanche ses « coups », happenings avant la lettre, ne nous convainquent pas toujours d’un point de vue pictural. Faut-il reprocher aux jurys du Salon d’avoir refusé « le fifre », « Olympia », « le Christ moqué par les soldats ». ..Son odalisque a quelque-chose de frigide et son Christ est un peu replet… Même, « Le déjeuner sur l’herbe », laisse à désirer sur le plan pictural

Pour le happening proprement dit, c’est autre chose…certainement Manet voulait d’abord faire passer des idées : mettre en cause un ordre social, des valeurs bourgeoises… mais la peinture y gagne-t-elle quelque-chose ? C’est vraiment avec Manet que cette question émerge et ne va plus quitter les chevalets…Faut-il peindre ou dépeindre ?

La manière dont « le peintre du chat noir » y répond est d’ailleurs déconcertante. Manet peint-il quand il dépeint et ne dépeint-il pas quand il peint ? Au point qu’il est difficile de dire que Manet ait fait de la bonne peinture.

A mesure que Manet vieillit, sa peinture se transforme mais dans un sens qui ne convainc pas. Il rate l’Impressionnisme bien qu’il en ait été le promoteur. « La partie de croquet », 1874 ou les bords de Seine d’Argenteuil relèvent plus du pastiche que de la sincère allégeance au nouveau courant.

Il est moins didactique et devient un demi-mondain de la peinture. Ses portraits manquent leur cible sauf exceptionnellement quand il met en œuvre sa propre sensualité dans « La Blonde aux seins nus » ou, proprement cabotins comme le « Faure dans le rôle d’Hamlet », 1877.

Au point que c’est la peinture « alimentaire » de Manet qui nous séduit le plus : « citron », « asperge », « pivoines coupées » ou dans un piédouche : alimentaire donc bonne !

Mauresk

jeudi 31 mars 2011

PSEUDO WHAT DIABOLICUM

PSEUDO WHAT DIABOLICUM

Diabolique PSEUDO WHAT ce samedi à Antony. Dans cette ville de banlieue située entre l’aéroport d’Orly et le château de Sceaux à la Croix de trois autoroutes et deux lignes de chemin de fer s’est déroulée la plus étonnante des manifestations devant le tout GRAND PARIS.

Lyonnais, Grenoblois et Montpelliérains mais aussi Normands et Beaux Jolais accompagnés de banlieusards et d’authentiques Montmartrois avaient affrété TGV, trains bleus et RER bleus blancs rouges (malheureusement en panne comme toujours dans ce coin reculé du S.T.IF. (Syndicat des Transports de l’Ile-de-France)) obligeant maints Visiteurs du Soir à chausser leurs bottes de sept lieues pour affronter les intempéries.

Tout était prêt ou Rien ? Les spectateurs conviés à divers happenings mis en scène par un Nouveau Comte de Montecristo en sont restés comme des ronds de flanc, entre « vieille Fourme vieille », ronds de saumon en coquillettes, feuilletés de pruneaux d’Agen enrubannés de fines tranches de bacon frit, couronnes de Gougère de Laguiole arrosés de Vrai Vouvray, parades de Juliénas et de Saint-Amour, Tutti Chianti pour exciter l’œil vif de nos spadassins du Week-end.

Il fallait bien ça et non un simple havresac pour affronter « Que Quoi » ? : la neige ? le blizzard ? Non : les pentes escarpées d’un marouflage hors du commun estampillé Lebelle-Ribour.

Certains n’y allèrent pas par quatre chemins, munis de piolets, de cordes d’escalade et baudrier de rappel, de lampes torches avec pelle d’avalanche, ARVA et sonde éclairaient le spectateur de leurs Lumières du XVIIIème (siècle ou arrondissement ?). Car dans ce Capharnaüm il faut chercher sa voie, un couloir d’accès, une rampe, un balcon enneigé pour ne pas dévaler la pente trop vite ; ménager ses forces, retenir sa respiration car à chaque virage une surprise un nouveau sommet se dévoile comme si au bout se trouvait une Source charmante ou un Bouquet de roses.

Les artistes-peintres (semble-t-il) munis de violentes torches halogènes illuminaient d’en-dessous le glacier d’où croulait une luminosité spectrale. Et comme à travers un verre brisé nous pouvions distinguer (métaphoriquement s’entend) : poissons-fleurs et astres ; tandis que des marouflages ou des sculptures de cagettes lançaient leurs flammes bleuies par le temps dans le ciel orageux du printemps naissant.

Un texte infâme par sa longueur, sa lenteur et sa redondance replète, mais apostrophé par un Olivier Roche survolté, nous décrivait par le menu les étapes de notre Chemin- de- Croix, véritable Carte Michelin du travail des Artistes, pour nous mener jusqu’au Piton de la Fournaise. Spots orange fluo, miroirs à facettes, tôles galvanisées tout était fait pour nous dérouter : vrai ou faux ? NOM PSEUDO WHAT !

Et Guionnet par ce premier cafardage reprit le tout le malaxa ; du son de son saxo sans anche sortit tordu torturé comme sous le marteau d’un Diable nouveau ; souffle rude, hourdi de grottes profondes de souterrains d’où seule peut sortir une vérité ; interprétait-il les murs de papiers qui l’entouraient et semblaient se déchirer par quelque magie moderne ou nous rappelait les débris, les déchets de tous les cataclysmes de l’ère nouvelle.

Etions-nous les témoins de quelques Tsunami, d’un tremblement de terre ou d’un accident nucléaire ? Fukushima tremblant de sons déchirants l’air et les poitrines, faisant fuir la foule comme frappée d’un maléfice. Tableau vivant de toutes les CATASTROPHES ; les invités cherchaient les écoutilles, une échelle de corde, un bol d’air frais, se bouchaient les oreilles, ne sachant ni rire ni pleurer !

Le bateau semblât prendre l’eau rompant les amarres sur le parquet Versailles de la Belle Demeure. Des tensions étaient perceptibles dans l’assistance mais nulle part il n’était possible de trouver le repos. Comme dans un cauchemar, nous étions poursuivis par les Trompettes de la Mort. Et ceux qui la refusaient, exécraient ceux qui l’encensaient !

Après les accumulations d’Olivier Roche, la mer de sons de Jean-Luc Guionnet avait chassé jusqu’à la plus petite brindille. Un nouveau sable avait envahi le salon mauresque…une eau claire, un peu froide certes, mais pure, une vibration d’atmosphère limpide. Sur les murs les papiers dansaient tandis que des petites filles (cette maison ne semble pas connaître le droit du travail) se lançaient dans des courses endiablées dans les douves du château.

De nouveaux mets venaient titiller nos papilles, des Lonzo, des Figatellu, des fromages de Mela et des Bessières, des salades-bouillabaisses de fruits et de légumes. Et pour se rafraîchir des fraisiers mentholés arrosés des Vins Naturels du Baron de Roubiac, un Château de Bastet et autres Bourgueil avalés goulument par les hôtes de ces lieux. Tout cela faisant Grand Siècle ! PSEUDO WHAT ! « Wight is Wight »

Fallait-il se plaindre de l’absence de viandes rouges ? Toutes ces tentations n’étaient-elles que la Grande Cuillère avec laquelle SATANAS attrape ses proies ? Derrière ces flamboiements ne fallait-il pas craindre le Jugement Dernier, l’Inquisition ?

OUF ! NON ! Un piano guilleret se mettait soudain en branle, voix suave de Jean-Luc Schwartz (tous ces artistes sans PSEUDO ! WHAT ?) enchantant de ses « Lili » nos oreilles et nos corps fatigués. Comme dans un bal du dimanche, je prenais ma voisine par la taille bercé d’illusions. Un monde nouveau allait-il poindre ? Un nouveau soleil ? Allais-je sortir de ma caverne, de mes insomnies ? Le canon allait-il se taire ?

« La vie va, ainsi va la vie, François la peint, Martin lui sourit, Jérôme lui parle, Charles lui écrit Ainsi va la vie qui va, Rrose Sélavy »….Mauresk.

samedi 19 mars 2011

Le More : l’amour à mort.

« Je suis là pour dix jours » me dit-elle avec son accent allemand. Je crois donc à une vacancière. « Je vais au théâtre tous les soirs ». « Tous les soirs ! » m’exclame-je ! Dans ma tête, je me dis qu’elle fait un voyage culturel axé sur le théâtre ? ou un voyage d’étude pour étudier la mise en scène française ?, mais la pièce que nous allons voir est en allemand ? Du coup je ne sais plus…jusqu’à ce qu’elle me dise : « je suis souffleuse ». Me voilà assis à côté de la souffleuse d’Othello, au premier rang, bien au milieu.

Nous rions de la situation. Comment une allemande aurait pu passer ses vacances à aller voir du théâtre tous les soirs à Paris ! Qui plus est en banlieue ! Nous sommes aux Gémeaux à Sceaux. Souffleuse ! « Ça n’existe plus en France depuis longtemps je crois » continue-t-elle. Je ne sais pas trop. C’est vrai qu’on en voit plus. Autrefois, les souffleurs étaient cachés dans une guérite enfouie à l’avant-scène. Pas au milieu du public comme ma blonde allemande « soufflante » !

Le spectacle commence. Bien qu’au premier rang, je ne me suis pas rendu compte pendant ma discussion avec Ulrike qu’une piscine composait l’essentiel du décor. Une piscine à haut fond qui s’approfondit au fur et à mesure que l’on s’approche de l’avant-scène.

Les acteurs pataugent. Plutôt les musiciens qui accompagnent la première nuit d’amour d’Othello et Desdémone. Othello se déshabille. Beau mâle aux chairs rebondies, il affiche une nudité sans fard, des muscles d’athlète pratiquant les haltères et les sports de combat.

Comme l’acteur est Blanc, un aryen sans doute, Desdémone plonge ses mains dans la vase des canaux vénitiens pour en couvrir le corps de son amant. Rite de passage de l’homme se transformant en bête sexuelle, ou de la pièce mettant en scène ses personnages. La main douce de Desdémone glisse sur les flancs de son homme lui donnant une noirceur animale.

Dans le texte allemand, nul More, il s’agit du « Schwarz », traduit au surplomb de la scène par « Black » (en français ?), plus exactement « le Black » ! Thomas Ostermeier annonce d’emblée la couleur. Une histoire d’aujourd’hui ! Rencontre de l’autre : l’autre sexe, l’homo-sexualis, le métèque, le Noir, l’étranger.

Le choc des corps et des cultures, le choc des civilisations. Un choc de passions, de cris, de sons gutturaux expulsés par l’orchestre qui tonitrue avec ses percussions, ses envolées de saxo. Le drame est déjà là, dans cette première nuit d’amour. L’amour qui vous fait sortir de vous-même, vous arrache à vos origines, vous projette dans un autre temps.

Desdémone aussi est nue maintenant. Un drap blanc recouvre les amants, le drap de l’hymen percé, un linceul blanc. Dans un pas chassé, deux tritons neptuniens poussent le lit de noce vers l’arrière-scène. N’est-il pas déjà l’annonce du tombeau ?

La catharsis peut fonctionner : l’amour jusqu’à la mort ! Mauresk.

Othello de William Shakespeare, mise en scène de Thomas Ostermeier, première en France, du 16 au 27 mars, au théâtre des Gémeaux à Sceaux, à voir absolument.