jeudi 7 juin 2012

Le Sphinx.

Le Sphinx.

Ils l'appellent "Le Labyrinthe des Pensées" mais il apparaît plutôt dans cette cour d'école des Ateliers Beaux-Arts de la Ville de Paris comme un Sphinx.
Sorti des sables ou du béton parisien ? C'est difficile à savoir et puis tous ces petits pseudos drapeaux tibétains pourraient nous faire penser à un monument venu d'ailleurs d'un autre monde, du toit du monde.
Cette impression multiple est renforcée par le caractère polymorphe de la face à laquelle nous faisons face (justement) en arrivant : est-ce un visage de femme, ou d'homme, une Indienne disent certains ou un Bouddha, voire un Chaman avec sa mâchoire édentée,  ses yeux exorbités...en tous les cas un personnage étrange auquel on prêterait bien des dispositions divinatoires. Serait-ce un hommage à Delphes et à Apollon, à la Nouvelle Pythie des Montparnassiens ?
Devant, tel un écoulement sacré, une langue pendante s'étale à nos pieds, sorti de la bouche un conglomérat d'objets hétéroclites : on y reconnaît une bouteille de whisky, le reste d'une roue (de la fortune ?), un aftershave sous pression, une bouée de Yacht, des milliers de petits morceaux de plastique multicolores et scintillants parce que délavés par la mer, le tout mélangé avec des posidonies plantes sous-marines qu'on ne trouve qu'en Méditerranée et qui constituent un marqueur de la pollution en mer.
Une multitude de restes d'une civilisation non pas perdue car c'est la nôtre ! La première civilisation dont on retrouve les restes archéologiques avant même qu'ils n'aient été ensevelis. En fait, une civilisation qui n'arrive plus à digérer ses déchets, ses excréments et qui nous les livre jetés par les flots sur les plages ou les rochers.
A côté les artistes ont mis en bouteille en plastique, des petits galets blancs, comme pour mettre au musée ce qu'ils ont pu sauver de l'écosystème en voie d'explosion : est-ce que ce sont les petits cailloux blancs du Petit Poucet, est-ce qu’ils ont pour mission de nous faire retrouver le bon chemin?   
Mais le Labyrinthe des Pensées n’a pas encore livré tous ses secrets, et nous devinons déjà que derrière la face, la façade, il y a autre chose. Un envers du décor donc ! Car le front est éclaté et du crâne émergent des objets, des cylindres, des spirales, des œuvres d’art, des peintures, des traces, des hiéroglyphes ou des peintures rupestres ?
Qu’est-ce-donc que ce Labyrinthe ? Les restes de celui de Crête, l’antre du combat du Minotaure avec Thésée : y-a-t-il un fil d’Ariane pour nous guider ?   
Il y a quelques jours, la tempête a soufflé dans la cour et le Labyrinthe a connu le naufrage : dépouillé, délesté de ses oripeaux…il est parti à la dérive…il n’en était pas moins beau…il anticipait seulement de quelques jours ce qu’il finira par être comme tout Cheval de Troie, un objet de conquête mais la prémonition aussi du désastre à venir…
                   Mauresk
 

lundi 21 mai 2012

ICONOCLASTE ICONOSTASE

ICONOCLASTE ICONOSTASE



DETRUIRE LES IMAGES EST UNE PASSION HUMAINE. POURQUOI ? CELA RESTE EN PARTIE UN MYSTERE. AUTODAFES LACERATIONS BARBOUILLAGES RENDRE INVISIBLE LE VISIBLE. COMME UN DEFI A NOTRE TEMPS, LA DESTRUCTION SIGNIFIE ELIMINATION APUREMENT PURIFICATION.
CROYANCE PERPETUELLE DEPUIS LA PLUS HAUTE ANTIQUITE QUE LA REPRESENTATION EST PROFANATION DE L’AUTRE DE L’ETRE DU MOI. LES SCULPTURES SONT DES IDOLES LES PEINTURES DES PERVERSIONS LA MUSIQUE MÊME UN CHANT DROIT VENU DE L’ENFER.
OBJETS DE FASCINATION ET DE REPULSION COMME SI LA METAPHORE ETAIT PLUS FORTE QUE LA REALITE REPRESENTEE LES ŒUVRES SONT PATIEMMENT DETRUITES. ET DES CIVILISATIONS NOUS N’HERITONS QUE DE LAMBEAUX DE MORCEAUX COMME D’UN PUZZLE TOUJOURS A ELUCIDER.
L’ART CONTEMPORAIN N’Y ECHAPPE PAS. FASCINE QU’IL EST PAR LA TRACE LE RESTE LE DECHET. LE RESIDU N’EST QUE LE MASQUE DE CE QUE NOUS SOMMES DE CE QUE NOUS LAISSONS DERRIERE NOUS ET QUE LES CIVILISATIONS SUIVANTES DECOUVRIRONT DE NOUS.
D’OU LE DEFI DE L’ART POUR L’ART POUR LEQUEL IL N’EST DE REGLE DE NORME POUR DEFINIR CE QUI FAIT ŒUVRE. ICONOSTASE ICONOCLASTE EN FAIT SON SYSTEME. SYSTEME OU POUR AFFIRMER SA FOI IL FAUT DETRUIRE CELLE DE L’AUTRE. DETRUIRE LES ICÔNES EST UNE PASSION HUMAINE.


                                                                                                                        MAURESK

ATELIER LES CUISINES CLOÎTRE DU LYCEE HENRI-IV A PARTIR DU 25 MAI 2012

vendredi 30 mars 2012

Helmut Newton : sont -elles humaines?

Helmut Newton : sont-elles humaines ?

Des femmes peintes ou plutôt photographiées en pied. Masques de femmes ! Mon lapsus du début le dit : plus peintes que photographiées.

Fiction de la femme proposée par H.N ! S’y reconnaissent-elles ? Oui.
Je pose la question à une d’entre elles. Et, elle n’hésite pas une seconde : « oui, je les trouve belles ».

Une fiction ! De la photographie ! Et donc, on peut y aller, transiger avec tout et faire semblant de briser les tabous.

Mais où est le sentiment, l’émotion, l’érotisme, l’attirance ?

Tout est PLASTIQUE, et loin de nous, de moi. La chaussure, le rouge à lèvres, les poses, les chiens, il n’y a pas de fantasmes chez Newton.

Pas de révolution copernicienne. Seulement de la photo de mode, et ses photos le disent aussi. Ses mannequins n’ont pas de nom. Juste une ligne de mode : « linea italiana ».

De l’ART ? Non ! De la photo à tirage pour l’industrie de la communication et des media.
Pourquoi ne pas l’avoir inséré dans l’expo d’à côté : « Paris Art, Art Fair » que j’appellerais plus honnêtement : « Paris Artfair ».
Mauresk.

La Sainte Anne et la Vierge aux Rochers.

C’est au bord du précipice que Vinci peint ses Vierges. Au sommet d’une montagne dans la Sainte Anne sur fond de chaîne montagneuse. Devant un rocher aux dimensions écrasantes avec une échappée vers le lointain dans la Vierge aux Rochers.

Nos femmes retiennent leurs enfants. Veillent sur eux comme sur la prunelle de leurs yeux. Montrent une humanité faite de douceur, de patience et d’attention.

Point d’hommes dans cet univers. L’ange est-il un homme ?

Mais le danger guette quand même. Tout est fragile. Tout risque de basculer. D’être blackboulé par des forces imprévues, plus telluriques que sociales.

Judicieusement rapprochées dans l’exposition du Louvre, ces deux merveilles éclatent au milieu de toutes les copies de l’Atelier ou des époques postérieures.

Le Maître est écrasant de finesse, de nuances, d’intelligence des couleurs du décor et du dessin.
Pourquoi choisir la montagne ? Pourquoi mettre les femmes en encorbellement ? La maternité n’est-elle qu’abîme ? Vinci nous interroge.

Mais, ça parle, ça émeut, ça enthousiasme. Mauresk.

dimanche 18 mars 2012

Matisse Tout Eclaircir

Matisse : tout éclaircir.

Pourquoi ainsi et pas autrement ? Que se passe-t-il quand je peins ? Est-ce ainsi qu’il faut faire ou comme ça ? Matisse essaie les formes, les couleurs, les aplats, les collages. Il fait et refait : une fois, deux fois, trois fois.

Toujours remettre l’ouvrage sur l’établi. Faire des séries pour voir ce qu’il se passe. En moi, quand je prends le crayon et que je teste cette couleur.

Mais n’est-ce qu’une question de forme ? N’est-ce qu’une question de couleur ? De pâte ? De papier ? De toile ? De quoi ?

Je vois, je sens, je suis. Quand je peins, je teste pour savoir jusqu’où je peux aller. Et puis tout étonné : c’est donc ça qui devait sortir.

La situation m’étouffe. Alors sortons de ce cercle infernal. Ouvrons la fenêtre, une porte de sortie. La peinture ne peut être seulement un éteignoir, un étouffoir. Un violon posé sur une chaise ou un violoniste qui joue fenêtre ouverte.

Qui que sont ces Marguerites ? Des Tournesols ? Des Iris ? Des Camélias ? Des Roses ? Ou Marguerite et Marguerite ? La Vraie et la Rêvée ?

Les couleurs sont des symboles et pour Matisse, le rouge c’est le Vide tandis que le jaune c’est l’Angoisse : le Verre à moitié plein ou à moitié vide, la Femme un Pot de Fleurs ?

Aussi, vite dans l’angle mort, coincer un tableau dans le tableau, une image folle dans un esprit fou, un rappel qu’il y a toujours une porte de sortie.

Faut-il donc préférer les Natures Mortes ? Tous ces fruits si gais, si tendre s, si frais ? Que sont-ils trépas, enfer, damnation ?

Aîe, aîe, aîe et s’il fallait revoir tout son Matisse. Recomposer toute la grammaire. Trouver un nouveau vocabulaire.

Me voilà décomposé. Bientôt putride, sentant la mort. Mauresk.

Centre Georges Pompidou jusqu’en juillet.

dimanche 4 mars 2012

A risques ou à rixes ?

A risque ou à rixes ?

Elle est là emmitouflée. Son bonnet enfoncé jusqu'aux oreilles. Un manteau enveloppant cachant ses formes. Dame pipi ou concierge, "Nulla Donna", gardant sa grotte, son antre, sa vérité sans doute.

Seules les ombres disent qu'il y a un autre sens à cet art trash, violent, sans concession. Des araignées prises dans l'étau de leurs filets, des faces venues d'outre-tombe, les spectres d'un Enfer que Dante n'imagina pas.

On circule dans le Couvent des Cordeliers comme dans un prétoire où chaque toile est un Avocat Général qui vous apostrophe, se fait accusateur : "Ah ! LE SOLEIL BRILLE SUR LE BOUL'MICH!"
"Regardez-vous en vous. Toutes ces noirceurs, cette tuyauterie immonde, cette vésicule biliaire !"

Est-ce le parallèle avec la galerie d'Anatomie de la bibliothèque de l'Ecole de Médecine voisine, nous ne sommes plus que des écorchés au milieu des écorchés de la vie.

Et Lydie Arickx nous parle de nos origines, du centre de la terre, des monstres sortis des mers, des combats inutiles contre les forces telluriques, de l'éternel retour dans les langes de sa mère comme si un jour il était possible de repasser l'Orifice, revenir dans ses entrailles nourricières.

Comme si le ciel bleu, le soleil, n'étaient que des zones de passage ! Que l'obscur, le sombre, le noir, étaient notre destin. Heureusement, aujourd'hui, il fait grand beau et sorti de ce tombeau, je traverse la Seine et non l'Achéron. J'ai rendez-vous avec Valérie pour aller "danser sa vie"!

Mauresk.

Lydie Arickx Couvent des Cordeliers, rue Racine jusqu’au 24 février 2012.

dimanche 19 février 2012

Anju Chaudhuri La préciosité dans la couleur.

Anju Chaudhuri La préciosité dans la couleur

La forme, la couleur, l’histoire de l’art et moi. Voilà peut-être résumé un peu rapidement l’œuvre d’Anju Chaudhuri. Et, le résumé est si banal qu’il pourrait s’appliquer à tout peintre.

Sauf que, voilà, chez Chaudhuri tout transparaît, tout est clair dirais-je, sans faire de jeu de mots. La forme s’étend et se dilate empruntant à l’abstraction sa figuration. Ce sont des feuilles et ça n’en est pas ! Des roseaux ? Oui, pourquoi pas mais pourquoi donc ?

Ils partent des derniers nymphéas de Monet et donc ne sont déjà plus rien ! Pour sur fond blanc signifier quoi ? Je ne sais pas. Heureusement qu’il y a le titre et, comme pour un enfant, leur donner un nom. Mais est-ce que Pierre est Pierre et Roseau Roseau ?

Aussi nous parcourons l’expo comme en quête de solution à un rébus. Faut-il au nom se fier et du canon se défier ? Les papillons sont-ils comme la Pipe n’est pas. Et dans la cage aux fioles, nous respirons mille parfums qui n’existent pas.

S’agit-il d’art floral ? Chaudhuri préfère le mot Composition lorsqu’elle veut s’abstraire de tout. Ses feuilles, ses fleurs s’inspirent de la parthénogenèse et semblent en composition-décomposition.

C’est la couleur qui permet tout ça : une peinture lavée et délavée, des pigments multiples qui irriguent et déroutent si bien que même sans effet stroboscopique, l’œil s’excite d’autant plus qu’il ne sait où prendre prise.

Résumer est-il possible la peinture et ses écarts entre l’extrême et le médium, entre le clair et l’obscur, le froid et le chaud, le formel et le difforme ? Chaudhuri y excelle. Mauresk.

Anju Chaudhuri en compagnie de Narayanan Akkitham , Maison des Arts d'Antony jusqu'au 25 mars 2012.

mercredi 14 décembre 2011

LA VIERGE AUX ROCHERS

La Vierge aux Rochers

Trop noire pour les Sœurs de l’Immaculée Conception ! Noire de son ambiguïté mais aussi de la forme adoptée par Léonard. La forme et le fond : tout est ambigüe chez lui.

Enfant, j’en eus l’image pieuse en mon missel et je la rejetais. Trop sombre ! Trop mortuaire ! Catafalque d’une mort annoncée ! Et au Louvre de même, je ne lui trouvais aucune grâce quand placé devant elle, j’essayais de lui trouver la beauté, la profondeur que l’exégèse m’imposait.

Peu avant l’exposition de l’atelier L’Attache à Lyon, je voulus la revoir. Mais, coïncidence ou pas ? Elle avait disparu du Louvre. En restauration me dit l’un, partie à Londres ma dit l’autre. C’est ce dernier qui avait raison. C’est celle de Londres qui a été restaurée ! Pourvu qu’à la nôtre on ne fasse rien. Pour peu qu’un fou lui rende sa clarté !

Noire de noire, La Vierge au Noir. C’est comme çà qu’il nous la faut ! Dans toute sa noirceur ! Noir Rocher, noir dessein ! Ou destin ?

Jusqu’au bout La Vierge m’imposa son tempo. Et quand j’apparus devant elle (à l’expo), je compris que je ne pourrais jamais en pénétrer le secret. Chaque étape m’était une surprise nouvelle, une inconnue toujours à découvrir, à dévoiler.

Car chacun en avait sa définition ! (Comme une peinture que chaque spectateur s’approprierait en secret !) Conceptuelle ! Comme ce Pavé orné d’une Canette de Coca (pas light) ! En caramel mou comme ce visage entouré de papillons-papillotes ! Ou sinistre cette Vierge sans visage dont le petit jésus arbore un sourire de terroriste ! Rose et/ou glacée ?

Mais Léonard ! Qu’a-t-il voulu nous dire ? Lui qui écrit son Traité de Peinture à l’envers ! Car l’envers nous dit-il c’est la même chose que l’endroit ! La peinture est toujours Cosa Mentale ! Et le peintre ne peint toujours que soi-même !

Ecrire à l’envers (Léonard)! Peindre la tête en bas (Baselitz) ! Peindre l’envers des tableaux à l’envers (F.H.S.)! Poser le tableau « comme vous voulez !» (l’art abstrait) ! Construire ou déconstruire ? ( la philosophie postmoderne).

Alors la Vierge ! Tu nous la sors ta révélation ? Qu’est-ce que tu caches derrière tes paupières baissées ? Tes gestes incongrus ? As-tu une face cachée ? Un univers inconnu, inaccessible pour nous autres pauvres pêcheurs ?

Ce Rocher ? C’est quoi ? Un monde à grimper ou à transpercer ? Derrière ces orbites, dans quel Nouveau Monde faut-il nous rendre ? S’agit-il simplement du Golgotha ? La Colline des Trois Croix ? Ou des Dolomites ? Une randonnée dans l’Arc Alpin ?

Ou du Crâne d’Adam ? Le mariage de la Vierge avec le Premier Homme ? Ah, Léonard, nous laisseras-tu en repos ?

Mauresk.

L’Attache, journées Portes (Orbites) Ouvertes, 9-10-11 décembre 2011. Impasse des Capucins, Lyon.